Forum Économique Breton 2022

ALAIN PERRIN, DIRECTEUR GÉNÉRAL D’EUREDEN « NOUS AVONS UN ATTACHEMENT TRÈS FORT, MAIS AUSSI UNE RESPONSABILITÉ ET UNE AMBITION VIS-À-VIS DE LA BRETAGNE »

Eureden est partenaire du FEB: quel est le sens de votre participation active dans ce Forum économique breton ?

Il nous semblait important, pour un groupe coopératif agroalimentaire comme le nôtre, qui fédère plus de 19 000 agriculteurs et 8 000 collaborateurs en Bretagne, de soutenir un tel événement. De par notre histoire et notre présence sur l’ensemble du territoire, nous avons en effet un attachement très fort, mais aussi une responsabilité et une ambition vis-à-vis de la Bretagne. En rassemblant des acteurs économiques de tous les secteurs d’activité et de toutes tailles, tant publics que privés, le FEB ouvre de nouveaux horizons et favorise la transversalité. C’est par la force du collectif que nous pourrons relever ensemble les nombreux défis : transition agroécologique, climat, attractivité, compétitivité, souveraineté…

Vous êtes un groupe alimentaire coopératif, particulièrement concerné par les grandes transformations énergétiques et agro-écologiques. Comment vous inscrivez-vous dans ces transitions ? 
Dès la création d’Eureden, au 1er janvier 2020, nous avons annoncé notre volonté de nous positionner comme un acteur de référence au service du Bien Manger. Cela signifie, que dans toutes nos activités d’amont (agriculture) ou de transformation aval (œufs, légumes, viandes), nous sommes guidés par cet objectif, qui se décline en “bien élever”, “bien cultiver”, “bien transformer” mais aussi “bien vivre”. 
Chez Eureden, les transitions agro-écologiques se traduisent ainsi par une agriculture de plus en plus plurielle et durable. De par la dimension de notre Groupe, nous pouvons proposer à nos adhérents coopérateurs différents types de production (bio, labels, Agri Confiance, Haute Valeur Environnementale…). Nous sommes également moteurs sur des sujets comme la relocalisation des cultures protéiques en Bretagne et la baisse des produits phytosanitaires de synthèse, à travers notre démarche “Cultivons autrement”. 
Concernant les transformations énergétiques, nous développons progressivement la part des énergies renouvelables dans notre mix énergétique. C’est d’ailleurs l’un des indicateurs RSE que nous avons choisi de suivre dans le cadre de notre financement bancaire. Nous travaillons également à la décarbonation de nos activités aussi bien au champ qu’à l’usine (colza bas-carbone, valorisation des co-produits de notre usine de légumes de Locminé en biogaz….).

En quoi la data est-t-elle un moteur clé de la transition, en particulier pour l’agriculture de précision ? 
L’exploitation des données est un des leviers de la transition agroécologique, notamment au service de la réduction des intrants et de la préservation des ressources. Même si l’agroalimentaire, qui travaille sur du vivant, est un secteur d’activité difficile à normer et donc à modéliser, il est possible d’élaborer des outils d’aide à la décision et des modèles prédictifs performants, permettant de gagner en précision, en temps et en efficacité. 
Au champ, nous préconisons à nos adhérents de nombreux outils d’aide à la décision permettant la réduction des produits phytosanitaires, le pilotage de la fertilisation ou l’adaptation de l’irrigation. L’utilisation intelligente des datas permet donc une gestion très fine au service de l’agriculture de précision. 
En ce qui concerne les modèles prédictifs, nous avons par exemple élaboré un modèle de prévision de récolte de légumes à partir de données internes (20 ans d’historique, emblavements, variétés…) et de données externes (météo). Il permet de déterminer de manière fiable la date de récolte, et donc le planning des usines de transformation. Cela permet également d’optimiser la logistique et l’organisation industrielle, et donc de limiter le transport et le gaspillage. 

L’attractivité, la transmission et la pérennité des exploitations bretonnes sont-elles impactées par ces évolutions. Dans quelle mesure ?
Actuellement, il y a un fort renouvellement des générations dans les exploitations agricoles. Parmi nos adhérents-coopérateurs, un sur deux partira à la retraite dans les 10 ans. Pour assurer ce renouvellement, il y a une bataille à gagner contre les idées reçues sur le métier d’agriculteur. Il faut montrer que c’est un métier de passion, qui s’est considérablement modernisé, digitalisé, et qui peut être rentable. Par ailleurs, l’agriculteur est un gardien de notre environnement et un acteur des transitions, et doit en être fier. L’enjeu aujourd’hui est de faire connaître et reconnaître la réalité du métier d’agriculteur, et attirer au-delà de la sphère historique du milieu agricole. En tant que coopérative agricole, nous sommes à l’écoute des aspirations des jeunes et les accompagnons afin de réunir toutes les conditions pour une installation réussie.